Cuzco et Vallée Sacrée

Capitale inca à 3 400 m et vallée quechua du río Urubamba, porte d'entrée du Machu Picchu : une semaine pour saisir la densité historique et agricole de la région.

Cuzco occupe une cuvette à 3 400 mètres d'altitude, entourée de collines andines où paissent encore des troupeaux de moutons et de lamas. La ville fut la capitale de l'empire inca, le Tawantinsuyu, jusqu'à l'arrivée des Espagnols en 1533. Cette superposition se lit dans chaque rue du centre : les murs en pierre polygonale taillés au XVe siècle, comme ceux de la Calle Hatun Rumiyoc et sa célèbre pierre à douze angles, servent encore de fondations aux palais et églises coloniales. La cathédrale et le couvent de Santo Domingo, bâti directement sur le Qorikancha (l'ancien temple du Soleil), illustrent ce palimpseste architectural mieux que tout musée.

La Vallée Sacrée s'étire à une trentaine de kilomètres au nord, le long du río Urubamba, entre 2 800 et 3 000 mètres. Le climat y est plus doux qu'à Cuzco, l'air moins rare, ce qui en fait notre premier conseil pour les voyageurs qui débarquent de Lima ou directement d'Europe : dormir à Urubamba ou Yucay deux nuits avant de monter à Cuzco aide réellement l'organisme à s'adapter. La vallée n'est pas un décor figé. Pisac, Calca, Urubamba, Ollantaytambo et Chinchero sont des villages quechuas vivants, avec leurs marchés hebdomadaires (le dimanche à Chinchero, le mardi, jeudi et dimanche à Pisac) où se vendent encore en troc des pommes de terre andines, du maïs blanc géant de Cusco, du quinoa et des herbes médicinales.

L'agriculture en terrasses, héritée des Incas mais sans doute antérieure, reste la colonne vertébrale du paysage. Les andenes de Moray, un ensemble de cuvettes concentriques creusées sur plusieurs niveaux, créent des microclimats avec jusqu'à 15°C d'écart entre le haut et le bas : les agronomes y voient un laboratoire d'acclimatation végétale précolombien. À quelques kilomètres, les salines de Maras alignent près de 4 000 bassins blancs sur le flanc d'une montagne, exploités par les familles du village depuis l'époque inca selon un système de tours d'eau salée encore en vigueur.

Ollantaytambo, à l'extrémité ouest de la vallée, conserve la trame urbaine inca d'origine, avec ses canchas (îlots résidentiels) et ses canaux d'irrigation toujours fonctionnels. C'est aussi le point de départ ferroviaire vers le Machu Picchu : 1h30 de train suit le río Urubamba qui s'enfonce dans la ceja de selva, la lisière de forêt amazonienne, jusqu'à Aguas Calientes. Le site lui-même, redécouvert par Hiram Bingham en 1911, se visite tôt le matin si l'on veut éviter les groupes du milieu de journée. Les nouveaux billets imposent des créneaux horaires et des circuits, ce que notre équipe gère lors de la réservation, plusieurs semaines à l'avance pour la haute saison.

La cuisine régionale mérite qu'on s'y attarde au-delà du ceviche, qui appartient plutôt à la côte. À Cuzco, on goûte le cuy (cochon d'Inde rôti) lors des fêtes, le chiri uchu pendant la Corpus Christi en juin, et au quotidien la soupe de quinoa, le rocoto relleno ou les chicharrones de Saylla, un village au sud de la ville spécialisé dans le porc. Les chicherías de San Sebastián servent encore la chicha de jora, bière de maïs fermenté, signalée par un sac plastique rouge accroché au-dessus de la porte.

Sur le plan culturel, juin concentre les fêtes majeures : la Corpus Christi à Cuzco, puis l'Inti Raymi le 24 juin sur l'esplanade de Sacsayhuamán, reconstitution du culte solaire inca créée en 1944 mais devenue un rendez-vous important pour les communautés andines. En dehors de ces dates, la région offre une densité patrimoniale qui justifie à elle seule une semaine, sans compter les randonnées vers les communautés de tisserandes de Chinchero, de Patabamba ou de la cordillère de Vilcanota plus au sud.

À découvrir

Machu Picchu depuis Ollantaytambo. Train longeant le río Urubamba jusqu'à Aguas Calientes, puis bus en lacets jusqu'au site. Nous recommandons l'entrée à 6h pour voir la brume se lever sur le Huayna Picchu avant l'arrivée des groupes.

Salines de Maras et terrasses de Moray. 4 000 bassins de sel exploités en famille depuis l'époque inca, puis les cuvettes agricoles concentriques de Moray où l'écart thermique atteint 15°C entre niveaux. Une demi-journée en boucle depuis Urubamba.

Marché de Chinchero le dimanche. Marché de troc où les communautés des hauteurs descendent échanger pommes de terre, fèves et tissus teints aux plantes. L'église coloniale est construite sur les murs du palais de l'Inca Túpac Yupanqui.

Quartier de San Blas à Cuzco. Ruelles pavées en pente au-dessus de la Plaza de Armas, ateliers d'imagiers et de sculpteurs sur bois, points de vue sur les toits de tuile rouge en fin d'après-midi quand la lumière rase les Andes.

Randonnée à la Montagne de couleurs Vinicunca. Marche de 3 heures aller-retour à plus de 5 000 mètres, dans la cordillère de Vilcanota à 3h de route de Cuzco. À tenter seulement après 4 ou 5 jours d'acclimatation, et de préférence en avril-mai quand la neige a fondu mais que la foule reste mesurée.

Quand y aller

La saison sèche court d'avril à octobre. Les journées sont ensoleillées, les températures oscillent entre 18 et 20°C à Cuzco et un peu plus dans la Vallée Sacrée, mais les nuits descendent près de 0°C en juin et juillet, parfois en dessous sur les hauteurs. C'est la meilleure période pour le Chemin de l'Inca et les randonnées d'altitude, mais aussi la plus fréquentée : juin-juillet-août demandent de réserver les permis du trek et l'hôtellerie de Machu Picchu Pueblo trois à six mois à l'avance.

De décembre à mars, c'est la saison des pluies. Il pleut surtout en fin d'après-midi, les matinées restent souvent praticables, mais les sentiers deviennent boueux et le Chemin de l'Inca ferme entièrement en février pour entretien. Avril, mai, septembre et octobre sont nos mois préférés : ciel encore stable, paysages plus verts au sortir des pluies, fréquentation moindre. À Aguas Calientes, situé à 2 040 mètres dans la forêt humide, l'ambiance est plus tropicale et les pluies plus généreuses qu'à Cuzco, à prévoir même en saison sèche.

Conseils pratiques

Nous conseillons un minimum de 5 jours pleins sur la région pour la parcourir sans courir : 2 nuits dans la Vallée Sacrée pour l'acclimatation et la découverte de Pisac, Moray, Maras et Ollantaytambo, 1 nuit à Aguas Calientes ou retour le soir même, puis 2 nuits à Cuzco pour la ville et ses environs proches (Sacsayhuamán, Tambomachay, San Blas). Avec 7 jours, on ajoute Chinchero, une journée chez une communauté de tisserandes ou la Montagne de couleurs. L'aéroport de Cuzco (Velasco Astete) reçoit les vols intérieurs depuis Lima, Arequipa et Puerto Maldonado, environ 1h15 de vol depuis Lima.

La région se combine naturellement avec le lac Titicaca, accessible en 10h de bus panoramique via La Raya, ou en vol depuis Juliaca. Vers le sud-ouest, Arequipa et le canyon de Colca s'enchaînent bien avant ou après Cuzco. Pour les voyageurs disposant de 3 semaines, ajouter quelques jours d'Amazonie depuis Puerto Maldonado (45 minutes de vol) offre un contraste fort avec les hauteurs andines. Le niveau de confort est élevé : hôtels-haciendas dans la Vallée Sacrée, boutique-hôtels coloniaux à Cuzco, lodges confortables à Aguas Calientes. La région convient aux familles (en adaptant le rythme à l'altitude pour les jeunes enfants), aux contemplatifs amateurs d'histoire et d'artisanat, comme aux marcheurs qui y trouveront treks courts et longs selon leur condition.

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