
Huchuy Qosqo
Huchuy Qosqo
Ancien palais inca de Wiracocha perché à 3 600 m au-dessus de la Vallée Sacrée, Huchuy Qosqo se mérite par un trek de 2 à 4 jours depuis Cusco.
Perché à 3 600 mètres d'altitude au-dessus de la Vallée Sacrée des Incas, Huchuy Qosqo (« Petite Cusco ») est un site archéologique inca uniquement accessible à pied. Ancien palais du souverain Wiracocha Inca, il combine résidence d'été, citadelle et exploitation agricole. Son nom original en quechua, Kakya Qawani ou Kakya Shakishawana, signifie « Point de vue sur les éclairs ».
Pourquoi visiter Huchuy Qosqo
À la différence des grands sites de la région de Cusco, Huchuy Qosqo reste peu fréquenté. Son isolement, l'absence de route et la nécessité d'un trek pour y accéder en font une étape recherchée par les voyageurs autonomes. L'intérêt est triple : un palais inca préservé du tourisme de masse, un panorama frontal sur la Vallée Sacrée, et un parcours de marche qui emprunte un ancien chemin royal inca récemment restauré.
Le site éclaire aussi un pan moins connu de l'histoire andine : la période antérieure à la formation de l'Empire inca, lorsque les souverains de Cusco ne contrôlaient qu'un territoire limité.
Histoire du site
Les premières traces d'activité humaine sur le site remontent à l'an 1000 environ. Le palais impérial, lui, aurait été établi à partir de 1420 (datation estimative). Son propriétaire était Wiracocha Inca, huitième souverain de la lignée. Les visiteurs étrangers utilisent le nom moderne « Huchuy Qosqo » ; les habitants quechuaphones conservent la toponymie d'origine, Kakya Qawani.
Wiracocha, la mi'tà et les yanakunas
Pour acquérir et entretenir un domaine de cette ampleur sans peser excessivement sur la population, les souverains incas contrôlaient les facteurs de production – la terre et le travail – plutôt que de multiplier les taxes. Le système de la mi'tà, une corvée obligatoire assimilable à un impôt en nature, mobilisait les sujets pour des chantiers ou des travaux agricoles ; en contrepartie, l'Inca puisait dans ses entrepôts pour nourrir les ouvriers. Une autre classe, celle des yanakunas, servait à plein temps la cour impériale et bénéficiait en retour d'un statut social privilégié. Ce fonctionnement est documenté dans les chroniques de Pedro de Cieza de León, espagnol parti à seize ans dans le Nouveau Monde.
L'invasion chanca et la bataille de Yawarpampa
Vers 1430, le royaume de Cusco – encore réduit à la vallée de Cusco, à la plaine de Anta, au plateau de Chinchero et à la Vallée Sacrée – est menacé par les Chancas, peuple voisin du nord. Wiracocha envisage la soumission. Son fils Pachacuteq, qui n'était pas son favori, prend la tête de la résistance et l'emporte lors de la bataille de Yawarpampa (« Plaine du Sang »), dans l'actuelle pampa de Anta. Wiracocha lui cède le trône. Pachacuteq poursuit ensuite les Chancas sur leur propre territoire et lance le processus d'expansion qui donnera naissance au Tawantinsuyu, l'Empire inca.
Le palais reste habité jusqu'à la conquête espagnole. En 1530, il est mis à sac par Gonzalo Pizarro et reconverti en ferme agricole.
Que voir sur le site
L'ensemble combine pierre et adobe. On reconnaît les éléments classiques de l'architecture inca :
- les kallankas, vastes salles à fonction de stockage ou d'assemblée ;
- les conjeras, sortes de chambres froides utilisées pour la conservation des denrées ;
- un réseau de petits puits gérant l'arrivée et la circulation de l'eau entre saison sèche et saison des pluies ;
- une importante citerne derrière le temple des éclairs, vraisemblablement construite après la conquête, qui a entraîné la destruction de quelques bâtiments incas plus anciens ;
- des fortifications témoignant du rôle défensif du complexe.
Du belvédère, la vue plonge sur la Vallée Sacrée environ 800 mètres plus bas.
Comment s'y rendre
Huchuy Qosqo n'est pas accessible en voiture. Plusieurs tentatives de route, depuis Calca puis depuis Lamay, ont été abandonnées : la première à cause des huaycos (glissements de terrain), la seconde stoppée par les falaises qui dominent le site. L'accès se fait donc uniquement par la marche, sur deux itinéraires principaux :
- Depuis Tambomachay, sur les hauteurs de Cusco : environ une journée de marche.
- Depuis Patabamba : environ 1h30 de route depuis Cusco, puis trek. C'est l'option la plus courante.
L'itinéraire au départ de Patabamba longe la montagne, parfois en balcon, parfois en lacets pour franchir un col, et atteint le village de Pukamarca, où un ancien tambo inca (étape des routes impériales) sert de halte. On rejoint ensuite la voie royale restaurée qui traverse les gorges de Leónpunku avant de déboucher sur Huchuy Qosqo.
Le trek complet dure généralement 2 à 4 jours. Les sorties classiques se font vers Taucca (près de Chinchero) ou en descendant vers Lamay dans la Vallée Sacrée. Une extension est possible par les communautés de Huayllafara, Paru Paru et Amaru, en hébergement chez l'habitant, avec une descente finale sur Pisaq par le secteur des tombes du site archéologique.
Informations pratiques
- Altitude : 3 600 m. Acclimatation à Cusco recommandée avant le trek.
- Niveau : trek accessible aux marcheurs en bonne condition physique, habitués aux dénivelés en altitude.
- Hébergement : bivouac, refuge sommaire ou nuit chez l'habitant selon l'itinéraire.
- Tarif d'entrée : modéré, à régler sur place.
- Eau et ravitaillement : à prévoir au départ ; possibilités de pause au village de Pukamarca.
Quand y aller
Le site se visite toute l'année. La saison sèche (mai à septembre) offre les conditions de marche les plus stables et les visibilités les plus dégagées. La saison des pluies (décembre à mars) reste praticable : les paysages sont verts et fleuris, et les averses, souvent brèves, sont qualifiées en quechua de misti manchachiq – « qui fait peur au monsieur », les misti désignant les citadins, et aujourd'hui par extension les voyageurs étrangers.
Aux alentours
La région de Cusco compte d'autres treks et sites moins fréquentés à combiner avec Huchuy Qosqo :
- les treks de Lares, plus courts, axés sur les communautés andines ;
- les itinéraires de la cordillère de Vilcanota et de Carabaya, pour marcheurs aguerris, accessibles depuis Tinki, Ocongate ou Pitumarca près de Checacupe ;
- le trek de Choquequirao, qui permet de s'enfoncer dans la cordillère de Vilcabamba ou de rejoindre le Machu Picchu par le col de Yanama ;
- à proximité de Cusco, le Cusco Planetarium pour comprendre l'astronomie inca, ou Andahuaylillas et son église baroque dans la vallée sud.
Questions fréquentes
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